élever

élever

élever [ el(ə)ve ] v. tr. <conjug. : 5>
• fin XIe; de é- et lever
I
1Mettre ou porter plus haut. hisser, 1. lever, soulever. « Vingt marteaux pesants sont élevés par une roue » (Stendhal). « Hélène, pour dénouer les brides de son chapeau, éleva les bras » (France). Le prêtre élève l'hostie à l'élévation.
Tenir haut, dresser. « Les cyprès élevaient leurs quenouilles noires » (France) .
2Faire monter à un niveau supérieur. hausser, surélever. Élever la maison d'un étage. Géom. Élever une perpendiculaire à une droite, la tracer d'un point situé sur cette droite.
Construire en hauteur. bâtir, dresser, édifier, ériger. « Le zèle qu'on met à élever des fortifications contre l'ennemi » (Bainville). On lui a élevé une statue. Littér. Élever des autels à qqn. Par métaph. « Fonder la société sur un devoir, c'est l'élever sur une fiction » (Chateaubriand). établir. Élever des obstacles, des objections. soulever, susciter.
IIFig.
1Porter à un rang supérieur. La faveur du Roi « Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi » (P. Corneille). « Élevé au faîte du pouvoir par le consentement unanime de la France » (Henriot). Élever qqn aux nues. « Le rang de sa maîtresse semblait l'élever au-dessus de lui-même » (Stendhal). Élever une chose au rang d'une autre, lui donner ou lui attribuer une importance égale. Élever qqch. à la hauteur d'une institution.
2Porter à un degré supérieur. augmenter, relever. La Banque de France a élevé le taux de l'escompte. majorer. Élever un nombre (réel) au carré, au cube, à une puissance quelconque, le multiplier par lui-même autant de fois que l'indique l'exposant.
Élever la voix, le ton : parler très fort pour exprimer le mécontentement, la menace. « Il avait élevé le ton : sa voix vibrait de plaisir et de défi » (Martin du Gard). Il n'ose plus élever la voix : il n'ose plus parler. « Qu'elle n'ait pas élevé la voix pour m'innocenter » (Aymé).
3Rendre moralement ou intellectuellement supérieur. ennoblir, grandir. Élever le débat, le niveau. « Quand une lecture vous élève l'esprit » (La Bruyère).
4(XIIIe, rare av. XVIe) Amener (un enfant) à son plein développement physique et moral. entretenir, nourrir, soigner. « Nés à la fois, élevés ensemble, nous avons eu tout en commun » (A. Gide). Il a été élevé par sa grand-mère. Élever un enfant au sein, au biberon. Élever un enfant dans du coton, à la dure. Spécialt (du point de vue de l'éducation) éduquer, former. On a mal élevé cet enfant, il a été mal élevé. On l'a élevé chrétiennement. Ils ne savent pas élever leurs enfants.
Faire l'élevage de (un animal). Élever des chevaux, des lapins.
III ♦ S'ÉLEVER v. pron.
1Monter. « Les gerbes multicolores s'élevaient dans le ciel » (Camus). L'avion s'élève au-dessus de la piste. décoller.
Se dresser. Montagnes qui s'élèvent en pente douce. « Un rocher lisse et vert s'élevait à pic au-dessus des flots » (Chateaubriand). Ici, s'élevait une tour. Fig. (Personnes) S'ÉLEVER CONTRE (qqn, qqch.) :se dresser, intervenir pour combattre, prendre fortement parti contre. S'élever contre les abus. dénoncer.
Par anal. (son qui monte) Se faire entendre. « Un tumulte s'éleva sous la porte » ( Flaubert). « Un cri s'élève » (Loti ).
Fig. Naître, surgir. survenir. « Dans les discussions qui s'élèvent » (Stendhal). « Des doutes s'élèveraient pour moi » (Renan).
2Parvenir à un rang supérieur. « Les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition » (Molière). Absolt S'élever par son travail, par ses propres moyens. arriver, parvenir, réussir. (Moralement, intellectuellement) Chercher à s'élever. progresser.
S'élever au-dessus de... : dominer; mépriser (ce qu'on juge sans valeur). « Je vois que vous vous élevez au-dessus des préjugés » (France).
3Parvenir à un degré supérieur. augmenter. « Chaque jour, le prix s'élevait quelque peu » (Duhamel). La température s'est élevée de dix degrés. monter.
S'élever à... (une grandeur) :atteindre. ⇒ se chiffrer, se monter. La succession s'élève à plusieurs millions. Le nombre des victimes s'élève à une centaine.
⊗ CONTR. Abaisser, baisser; détruire; diminuer.

élever verbe transitif (de lever) Mettre, placer, porter quelque chose plus haut ; hisser, soulever : Élever des blocs de pierre avec une machine. Littéraire. Tenir quelque chose dressé vers le haut : Cyprès qui élèvent leurs cimes. Placer quelque chose verticalement par rapport au sol ; dresser, ériger : Élever un mât de cocagne. Bâtir, construire : Élever un monument. Littéraire. Fonder, établir : Élever une théorie. Émettre une objection, un doute, une protestation, etc. Augmenter (de tant) une valeur, un niveau : Les pluies ont élevé le niveau du fleuve de 50 centimètres. Porter à un rang supérieur dans un ordre social, moral ou intellectuel : Élever quelqu'un à la dignité de professeur émérite. Élever le débat.élever (citations) verbe transitif (de lever) Samuel Beckett Foxrock, près de Dublin, 1906-Paris 1989 Il est plus facile d'élever un temple que d'y faire descendre l'objet du culte. L'Innommable Éditions de Minuit Jean Commerson Paris 1802-Paris 1879 À son lit de mort, l'homme songe plutôt à élever son âme vers Dieu que des lapins. Pensées d'un emballeur Bible Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. Évangile selon saint Matthieu, XXIII, 12 élever (difficultés) verbe transitif (de lever) Conjugaison Comme lever. Attention à l'alternance e/è : élever ; j'élève, il élève, mais nous élevons ; il élèvera ; qu'il élève mais que nous élevions ; élevé. ● élever (expressions) verbe transitif (de lever) Élever des obstacles, des difficultés, etc., les dresser (contre quelqu'un, quelque chose) ; susciter, soulever. Élever l'âme, l'esprit, porter à des sentiments plus nobles. Élever un nombre au carré, à la puissance 3, 4, etc., multiplier ce nombre par lui-même (une fois, deux fois, trois fois, etc.). Élever la voix, parler plus fort, en particulier pour exprimer sa colère, son mécontentement. Élever un nombre réel à la puissance x, prendre l'image de x par l'exponentielle de base a. (x ax.) Élever une perpendiculaire, tracer une perpendiculaire à une droite ou à un plan, en un point pris sur cette droite ou sur ce plan. ● élever (homonymes) verbe transitif (de lever)élever (synonymes) verbe transitif (de lever) Mettre, placer, porter quelque chose plus haut ; hisser, soulever
Synonymes :
Contraires :
Placer quelque chose verticalement par rapport au sol ; dresser, ériger
Synonymes :
- édifier
- ériger
Contraires :
Littéraire. Fonder, établir
Synonymes :
- bâtir
Augmenter (de tant) une valeur, un niveau
Synonymes :
- accroître
Contraires :
- réduire
Porter à un rang supérieur dans un ordre social, moral...
Synonymes :
Contraires :
- abêtir
- dégrader
élever verbe transitif (de élever) Procurer les soins nécessaires au développement de quelqu'un, d'un animal, de sa naissance à un certain point d'accomplissement : Élever son petit. Former sur le plan psychologique, intellectuel, spirituel, social, etc. ; éduquer : Élever ses enfants dans le respect d'autrui. Faire l'élevage d'animaux domestiques ou utiles : Élever des chats.élever (homonymes) verbe transitif (de élever)élever (synonymes) verbe transitif (de élever) Procurer les soins nécessaires au développement de quelqu'un, d'un animal...
Synonymes :
Former sur le plan psychologique, intellectuel, spirituel, social, etc. ; éduquer
Synonymes :
- éduquer
- façonner

élever
v.
rI./r v. tr.
d1./d Mettre, porter plus haut. élever un fardeau.
|| élever une maison d'un étage, la surélever d'un étage.
|| élever la voix, le ton: parler plus fort pour être mieux entendu ou être obéi.
élever la voix en faveur de qqn, de qqch.
|| élever une critique, une protestation: formuler une critique, etc.
d2./d Construire (en hauteur). élever une statue, un monument.
d3./d Fig. Placer à un rang supérieur. élever qqn à la dignité d'officier de la Légion d'honneur.
|| Fig. Lecture qui élève l'âme.
d4./d Porter à un degré supérieur. élever la température d'un local. élever le taux de l'escompte. Syn. relever.
|| MATH élever un nombre à la puissance deux, trois, etc., calculer son carré, son cube, etc.
d5./d élever des enfants, subvenir à leurs besoins et assurer leur développement physique et moral.
|| Spécial. éduquer. Ne pas savoir élever ses enfants.
d6./d élever des animaux, en faire l'élevage.
rII./r v. Pron.
d1./d Monter. Des oiseaux s'élevaient dans le ciel.
d2./d Se dresser. Une statue s'élève au milieu de la place.
d3./d Surgir, naître. Un cri s'élève. Des doutes s'élèvent.
d4./d (Choses) Atteindre un degré supérieur. La température s'élève.
|| S'élever à...: atteindre, se monter à... La facture s'élève à 50 000 francs. Syn. (Suisse) ascender.
d5./d (Personnes) Parvenir à un rang supérieur. S'élever dans la hiérarchie.
S'élever au-dessus des préjugés, les dépasser par la hauteur de son jugement.
d6./d S'élever contre: s'opposer violemment à.

I.
⇒ÉLEVER1, verbe trans.
I.— [La notion dominante est celle d'une hauteur bien en vue ou d'un accroissement de valeur] Faire monter quelque chose, ou plus rarement quelqu'un, d'un niveau à un autre situé plus haut, de manière qu'elle soit bien ou mieux en vue ou qu'elle acquière une valeur supérieure.
A.— [La montée est physique]
1. [Le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) [Avec une idée de mouvement] Mettre, porter vers le haut. Élever les mains, la tête, les yeux. Il éleva sa bougie pour vérifier la pancarte (HUYMANS, Oblat, t. 1, 1903, p. 240). Les roues ruisselantes qui tournent, (...) au fil du fleuve pour en élever l'eau bienfaisante (BARRÈS, Jard. Oronte, 1922, p. 1) :
1. Heureux cet homme [Siméon] qui prit l'enfant Jésus dans ses bras, qui l'éleva dans ses deux mains, le petit enfant Jésus, comme on prend, comme on élève un enfant ordinaire...
PÉGUY, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, 1910, p. 44.
[Souvent avec un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi un objet est élevé] Cette noble crapule élevait les bras vers le ciel (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 1re part., 7, p. 87). [Il] éleva le bougeoir au-dessus de sa tête (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 518) :
2. ... et quand le wagon s'arrêta, elles [mes amies] me poussèrent, elles me hissèrent sans trop pleurer, comme si elles m'élevaient simplement à la hauteur où la vitesse de la terre n'emporte plus ...
GIRAUDOUX, Suzanne et le Pacifique, 1921, p. 25.
Emploi pronom. réfl. S'élever en l'air, dans les airs. Les goëlands s'élèvent à perte de vue (NODIER, J. Sbogar, 1818, p. 114). Grimper par ruse au lieu de s'élever par force (E. ROSTAND, Cyrano, 1898, II, 8, p. 92).
MAR., loc. verbales. [Le suj. désigne une embarcation] S'élever à la lame. Céder facilement à l'action de la lame qui soulève le navire. Il [le Pourquoi-Pas?] s'élève admirablement à la lame (J.-B. CHARCOT, « Pourquoi-Pas? » 1910, p. 363). S'élever en latitude, en longitude. S'écarter de l'équateur, du premier méridien. La première [frégate] s'élèvera jusqu'au parallèle intermédiaire entre 16 et 17 degrés (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 17). S'élever au/ dans le vent. Avancer dans la direction d'où souffle le vent. Notre beau navire (...) se mit (...) à tirer des bordées pour s'élever dans le vent (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 174).
En partic. [L'objet désigne une construction] Faire monter à partir du sol. Élever un autel, un échafaud, une statue, un temple; élever autel contre autel. Synon. bâtir, construire, dresser, ériger. Élever une belle petite maison chaude et solide (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 189).
Les habitants d'Oberkalbach ont promis d'élever un monument sur la tombe de notre camarade (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 196).
Emploi pronom. à sens passif. Maintenant, les murs s'élevaient au premier étage (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 596). Sur la table, les fruits se dressaient en pyramides, et les gâteaux s'élevaient en monuments (MAUPASS., Pierre et Jean, 1888, p. 398).
GÉOM. Élever une perpendiculaire. La tracer, à partir d'un point donné, perpendiculairement à une droite ou à un plan. Le parallélisme supposé de toutes les perpendiculaires élevées de la surface terrestre (PROUDHON, Propriété? 1840, p. 138).
Rem. Quand la notion d'aspect progressif-perfectif de « bien en vue » est absente, le verbe est p. ex. lever (Lever les bras/élever les bras) ou construire (élever une statue/construire une cabane). Quand il s'agit d'objets à soulever, ,,élever suppose plus d'efforts et une opération plus difficile [que lever]`` (LAF. 1878).
b) Littér. [Le mouvement est fictif]
Dresser à partir du sol :
3. Par les temps clairs et tempérés, nous poussions jusqu'au Jardin des plantes ou jusqu'au Trocadéro qui élevait alors, au bord de la Seine, dans la solitude, sa colline verte et fleurie.
FRANCE, Le Petit Pierre, 1918, p. 101.
♦ Souvent en emploi pronom. [Souvent suivi d'un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi l'objet s'élève] Se dresser de toute sa hauteur. Le mont Hymète s'élevoit à l'orient comme revêtu d'une robe d'or (CHATEAUBR., Martyrs, t. 2, 1810, p. 221). D'énormes rochers arides et perlés qui s'élevaient jusqu'aux nues (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 151). Du milieu de ces rocailles s'élevait un pin noir et tors (CLAUDEL, Connaiss. Est, 1907, p. 35).
P. anal. [Le suj. désigne un végétal ou un inanimé concr.] Tenir à une certaine hauteur. Cyprès qui élèvent leurs têtes pyramidales au-dessus des portiques de la mosquée El-Aksa (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 454). Les cyprès élèveront leurs branches entre ces falots agrandis (LHOTE, Peint. d'abord, 1942, p. 135).
Emploi pronom. à sens passif. L'ombrelle rouge de la femme s'élevait dans les feuillages avec un mouvement altier (CHARDONNE, Épithal., 1921, p. 253).
2. [Le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur ou sur un objet comportant des degrés; le verbe est gén. suivi d'un compl. de mesure indiquant de combien de degrés est monté l'objet] Faire monter plus haut. Synon. exhausser, surélever. La tour carrée qu'il a fallu élever d'un étage au-dessus du toit de la maison (LAMART., Tailleur pierre, 1851, p. 392). Il faudrait élever la barricade de cinquante centimètres (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 537).
B.— Au fig. [La montée concerne des valeurs]
1. [Valeurs physiques ou financières, correspondant à des réalités comptables, mesurables; le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur] Augmenter. Élever le prix, le taux, la température. Je ne puis pourtant élever les salaires, sans faire faillite (ZOLA, Terre, 1887, p. 369). On a élevé le prix du pain et, demain sans doute, on sera forcé de l'augmenter encore (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 40). Le produit transféré permet à l'emprunteur d'élever son produit réel global (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 381).
[Avec un compl. prép. de mesure indiquant à combien est élevé l'objet] On avait élevé ses appointements à neuf mille francs (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 655). L'Allemagne élevait le même budget de 85 à 137 millions (MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. 166).
ALG. Élever un nombre à la seconde, à la troisième puissance. ,,Le carrer, le cuber`` (Ac. 1835-1932). Élever un nombre au carré.
P. métaph. Il [Mallarmé] a essayé, pensai-je, d'élever enfin une page à la puissance du ciel étoilé (VALÉRY, Variété II, 1929, p. 181). J'ai élevé la géométrie et l'algèbre à une puissance inconnue, inespérée (ARNOUX, Seigneur, 1955, p. 113).
2. [Valeurs mor.; le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) Élaborer progressivement, mettre sur pied. Synon. bâtir, construire. Il [Lamennais] est fort tranquille à La Chênaie, élevant son grand ouvrage, l'immense pyramide sous laquelle il veut se coucher (M. DE GUÉRIN, Corresp., 1834, p. 174). La religion qui, dans l'enfance de l'humanité, a élevé l'édifice de la morale (SOREL, Réflex. violence, 1908, p. 336).
b) [Avec une idée d'hostilité] Chaque seconde élevait un mur entre lui et moi (VIGNY, Mém. inéd., 1863, p. 119). Élever une barrière infranchissable entre le monde des phénomènes (...) et celui des choses en soi (BERGSON, Essai donn. imm., 1889, p. 180).
P. ext. Faire surgir, faire naître dans un esprit d'opposition. Élever des soupçons. Élever des difficultés relativement à des retards (BALZAC, Corresp., 1840, p. 44). Il était impossible d'élever le moindre doute (BENOIT, Atlant., 1919, p. 234).
3. [Valeurs mor.; l'obj. est déjà à un certain degré de valeur, de noblesse]
a) [Le suj. et l'obj. désignent une pers.]
[Gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à quoi la pers. est élevée] Porter dans un haut rang, dans un rang supérieur. Élever sur le trône, aux charges, aux honneurs, au plus haut rang. Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois (FLAUB., Corresp., 1871, p. 287). Nous mettrons Eugénie à la porte, à moins que nous ne l'élevions à la dignité d'intendante générale de la maison (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 83).
Emploi pronom. Je n'aurais pas désiré m'élever au rang de profès (HUYSMANS, Oblat, t. 2, 1903, p. 265). [Ils] avaient mis cent ans à s'élever au trône (BAINVILLE, Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 51). V. ambition ex 2.
Attribuer la supériorité, l'avantage sur les autres. Élever quelqu'un au-dessus des autres (Ac. 1798-1932).
P. exagér. Élever qqn aux nues. En faire un éloge excessif. Emploi pronom. Un danseur qui, en Italie, s'était élevé jusqu'aux nues (BERLIOZ, Grotesques mus., 1869, p. 40).
P. métaph., emploi pronom. Se mettre au-dessus des autres par orgueil. Synon. s'enorgueillir :
4. ... je cessai de m'élever dans mon orgueil au-dessus de mes compagnons d'infortune, je m'humiliai devant Dieu et j'acceptai de lui l'abaissement où j'étais réduit en vivant parmi eux.
SAND, Lélia, 1839, p. 372.
Emploi pronom. réfl. Faire en sorte qu'on soit placé à un niveau social plus haut, plus important, dans une société hiérarchisée. M'élever au-dessus de ma condition princière et sortir du néant et du Gotha (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 307). Il faut toujours à l'homme, pour s'élever parmi ses semblables, une petite chance supplémentaire (DRUON, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 112) :
5. Je n'ai plus le courage de m'élever au-dessus de la classe médiocre ou infime dans laquelle je suis rangé par l'opinion des hommes avec qui je suis en rapport. J'ai dans la société comme dans les conseils un ton timide, un air humble qui tend à me ravaler de plus en plus.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1818, p. 141.
b) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne un inanimé] Accorder une place bien en vue, une importance nouvelle à. Élever la boulangerie à la hauteur d'une institution nationale (RENARD, Journal, 1887, p. 7). Élever en quelque sorte la brique à la dignité de la pierre (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 162). Élever au rang d'idoles le rond de cuir du bureaucrate (FAURE, Esprit formes, 1927, p. 263).
Emploi pronom. à sens passif. Les tragédies en prose qui s'élèvent au-dessus du genre du drame (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 172). Le dessin ne peut s'élever au portrait (ALAIN, Beaux-Arts, 1920, p. 292).
c) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne une faculté ou une attitude de cette pers.] Porter plus haut dans l'ordre intellectuel, moral ou spirituel. Le vin (...) élevait son âme au-dessus des élans de passion qu'il avait (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 242). Leconte de Lisle éleva le niveau de l'intelligence artistique (BARRÈS, Cahiers, t. 2, 1898-1902, p. 269) :
6. Je veux que ceux qui suivent mon cours emportent, de leur bref contact avec moi, autre chose que quelques connaissances exactes; je fais le rêve d'élever leur niveau moral, d'exalter leurs personnalités, de marquer à jamais ces âmes qui s'offrent à l'empreinte : et vraiment je crois obtenir un résultat qui n'est pas indigne de tout mon effort.
MARTIN DU GARD, Jean Barois, 1915, p. 263.
[Avec un compl. indiquant le but] Élever son cœur, son esprit, son âme à Dieu, vers Dieu. ,,Porter ses pensées, ses désirs vers Dieu`` (Ac. 1798-1932).
Emploi pronom. réfl. [Suivi d'un compl. prép. indiquant au-dessus de quoi, jusqu'où, vers quoi la pers. s'élève] Elle est incapable de s'élever jusqu'à comprendre Wilfrid (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 264). Ils s'élevèrent à des considérations sur l'origine du monde (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 90). Voyons, il faudrait s'élever au-dessus de cela, tâcher de planer un peu, se débarrasser des contingences (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1908, p. 325).
P. anal. [Le suj. désigne une forme d'expr.] Haydn lui paraissait [à Chenavard] avoir le style comique, le style de la comédie; il s'élève rarement jusqu'au pathétique (DELACROIX, Journal, 1854, p. 160).
Emploi pronom. à sens passif. Devenir moralement plus grand. Au lieu de s'élever par elle [la beauté], il [le voluptueux] jouit de la rabaisser aux amours lascives (SAINTE-BEUVE, Volupté, t. 1, 1834, p. 88). Par la foi l'homme veut s'élever et s'élève en effet (ALAIN, Beaux-arts, 1920, p. 95).
d) [Le suj. désigne un inanimé abstr.; l'obj. désigne une pers. ou un aspect de cette pers.] Porter à des sentiments plus élevés. Élever l'esprit. Synon. ennoblir, fortifier. Nobles textes qui élèvent l'âme (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 9, p. 533).
Emploi pronom. J'ai senti mon âme s'élever au contact de la vôtre (SAND, Lélia, 1839, p. 464). Il faut se rendre digne. Il faut s'élever! Il faut s'ennoblir (DUPANLOUP, Journal, 1876, p. 97) :
7. Les souffrances que lui cause [à l'amour] l'objet aimé le font grandir et s'élever tant qu'il peut s'élever et grandir encore, mais lorsque, émanant tous ses parfums, riche de fleurs, profond de racines et large d'ombrage, il est monté jusqu'à la hauteur où Dieu lui a permis d'atteindre...
FLAUBERT, 1re Éducation sentimentale, 1845, p. 202.
8. ... il n'y a rien au monde qui s'embellisse plus aisément qu'une âme. Il n'y a rien au monde qui s'élève plus naturellement et s'ennoblisse plus promptement.
MAETERLINCK, Le Trésor des humbles, 1896, p. 251.
Rem. On rencontre ds la docum. élevant, ante en emploi adj. Qui élève. L'action élevante et illuminante du Christ (TEILHARD DE CH., Milieu divin, 1955, p. 182).
C.— Emplois pronom. spécifiques
1. [La montée est celle de réalités sensibles]
a) [Avec une idée de mouvement; souvent accompagné d'un compl. avec prép. de marquant l'orig.] Monter. La flamme, la fumée s'élève. Une fine poussière s'élevait des planchers (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 631). Les vapeurs violettes de l'aube s'élevaient des rues silencieuses (, Aphrodite, 1896, p. 163) :
9. Quand la nuit vient, sous le hangar, une buée embrasée commence à s'élever, un brouillard qui s'exhale des rangs des briques, filtre le long des murs, quelque chose de rouge qui danse au-dessus de la bouche du four comme la brume du soleil sur l'aire.
PESQUIDOUX, Chez nous, 1923, p. 200.
10. Les deux femmes, levées tôt, commençaient de préparer le petit repas du matin. L'odeur du pain rôti et du café s'élevait d'un étage à l'autre, passait sous les portes mal jointes et tourmentait les dormeurs.
DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Désert de Bièvres, 1937, p. 100.
[À propos d'un ciel découvert ou dans lequel les nuages sont hauts] Le temps s'élève. Le temps s'éclaircit, se met au beau. Synon. le temps se dégage, se lève. Le temps s'élevait un peu. On eût dit que le soleil allait se montrer (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 197).
b) [Le mouvement est fictif] Commencer à se manifester. Un bruit, un chant, une clameur s'élève; s'élever brusquement, confusément. Synon. naître, surgir, survenir. Le soir, un fort coup de vent s'éleva (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 67). Le rire d'Aristide s'éleva de nouveau (DURANTY, Malh. H. Gérard, 1860, p. 79).
Au fig. Une colère, une protestation s'élève. Une effroyable jalousie s'élevoit dans son cœur (BALZAC, Annette, t. 2, 1824, p. 66). Des murmures désapprobateurs s'élevèrent contre l'oblat (BARRÈS, Colline insp., 1913, p. 178). Aucune menace ne s'élevait plus contre mon bonheur (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 581).
♦ [Avec un suj. apparent] Il s'élève une discussion, une dispute. Il s'élevait en lui violemment, mille imaginations, mille désirs (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 145). Il s'élevait des controverses sans fin (ROLLAND, J. Chr., Adolesc., 1905, p. 233).
2. P. anal. [La montée est celle d'un prix, d'une quantité comptable ou non; gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à combien s'élève la chose] Atteindre une certaine somme, un certain chiffre. Synon. se monter à. Les profits (...) s'élevèrent à 60 millions (SAY, Écon. pol., 1832, p. 510). Autrefois, à la bibliothèque nationale, les demandes de livres, qui ne s'élevaient pas au delà de deux à trois cents, étaient montées depuis dix ans à dix-sept cents (GONCOURT, Journal, 1893, p. 400). La température s'élevait brusquement à 39,5 degrés (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 887). Les pertes s'élevèrent à plus de 3 000 tués, blessés, disparus (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 45).
II.— [La notion dominante est celle d'une progression en intensité, de manière que ce qui monte soit bien ou mieux perçu]
A.— [Intensité physique; le suj. désigne une pers., l'obj. désigne son expr. orale]
1. Élever le ton, la voix
a) Prendre la parole. Un des interprètes éleva la voix et dit :« Où est le soleil? » (CHATEAUBR., Natchez, 1826, p. 109).
b) Parler plus haut, plus fort. Mme Paloque perdit toute mesure; elle éleva le ton, elle cria (ZOLA, Conquête Plassans, 1874, p. 1078). Avec le plus grand calme, sans élever ni baisser la voix (BERNANOS, Joie, 1929, p. 540). Il fit une pause, puis reprit, sans élever le ton (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1259).
c) MUS. Élever le ton d'un morceau. ,,Transposer un morceau pour qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui dans lequel il a été composé`` (Ac. 1835-1932).
2. Emploi pronom. Prendre de l'ampleur, faire plus de bruit. Quelques rires éclatèrent, le murmure augmenta, les voix s'élevèrent (BALZAC, Peau chagr., 1831, p. 68).
B.— Au fig. [Intensité morale]
1. a) Élever le ton, la voix. Parler avec suffisance ou autorité. Il ne vous convient pas d'élever ici la voix (Ac. 1835-1932).
Emploi pronom. Même sens. Il enfle le ton, veut s'élever (BARRÈS, Cahiers, t. 5, 1906-07, p. 33).
b) Élever une protestation, la voix contre, pour, en faveur de qqn ou de qqc. Prendre hautement parti pour ou contre. Loin de moi la pensée d'élever la voix sur des points qui échappent à ma compétence (GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 744).
Emploi pronom. S'élever pour, contre
♦ [Le suj. désigne une pers.] Même sens. Les victimes dont la voix s'élevait contre toi (SAND, Lélia, 1833, p. 294). Le procureur s'est élevé avec violence contre cette question (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1187).
♦ [Le suj. désigne un inanimé abstr.] Porter témoignage pour, contre. Les preuves qui s'élèvent contre l'accusé (Ac. 1835-1932).
2. Élever son cri, sa plainte, sa prière vers. Faire monter vers. Élever au Seigneur une courte prière d'actions de grâces (MÉRIMÉE, Jacquerie, 1828, p. 21).
Emploi pronom. Mes cris t'éveilleront, et mon humble prière s'élèvera vers toi, comme l'encens du soir (LAMART., Médit., 1820, p. 201).
3. Élever le niveau, le ton d'un débat, d'une discussion. Leur donner plus de dignité, leur donner un tour plus noble. Une manière d'élever le débat à la fin de ses discours (CAMUS, Homme rév., 1951, p. 222).
Prononc. et Orth. :[elve], (j')élève [], ou bien, avec harmonie vocalique, [elve] et [], ou bien, d'apr. la syllabation manifeste, [] (et, indifféremment, [] ou []). Dans [elve] et [] les 2 principes s'appliquent l'un aux dépens de l'autre, au profit de l'harmonie dans le premier, de la syllabation dans le second. Cette situation est compatible avec la discussion ds BUBEN 1935, § 14, qui admet, en ce qui concerne le rôle de la syllabation, l'hésitation (cas gén.; dans le cas partic. de élever il prononce [elve], sans qu'on puisse considérer qu'il donne le pas à l'harmonisation vocalique). GRAMMONT Prononc. 1958, p. 41, en revanche, n'envisage pas d'exception à la règle d'harmonisation (voir les formes [] et [] contraires à la règle). [elve], forme « lente », proche de [], p. oppos. à [], forme « rapide », éloignée de [], répond par là-même à un style plus soutenu. Enq. : /elev/ (il) élève. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Cf. élever2. Bbg. GOTTSCH. Redens. 1930, p. 2, 9, 313, 348.
II.
⇒ÉLEVER2, verbe trans.
Assurer à un être vivant un développement continu, depuis sa naissance ou à partir d'un moment relativement proche de sa naissance, jusqu'à un certain degré d'accomplissement.
A.— [L'obj. désigne un être humain]
1. [L'obj. désigne en partic. l'enfant envisagé du point de vue biol., l'enfant en bas âge; le subst. corresp. est soins (donnés)] Donner à un enfant les soins nécessaires à son développement physique. Élever à la brochette. Deux enfants, des fœtus venus avant terme, que l'on élevait sous de la ouate (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 279) :
1. Tu étais si petit, à ta naissance, que le chirurgien croyait que tu ne vivrais pas. Mais je savais bien que Dieu me ferait la grâce de te conserver. Je t'élevai de mon mieux, ne ménageant ni les soins ni la dépense.
FRANCE, Les Dieux ont soif, 1912, p. 22.
2. Semer le blé, cuire le pain, presser le vin, faire des enfants, les élever, travailler pour nourrir sa famille, voilà qui n'est pas du jeu, qui est vrai, qui donne un sens à la vie...
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 157.
Emploi pronom. à sens passif. Des enfants drus, de la belle graine de solognots, qui s'élevaient sans maladies (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 228).
2. [L'obj. désigne un enfant d'âge plus avancé ou un adolescent; le subst. corresp. est éducation] Former et développer un être jeune du point de vue moral et spirituel en vue de son existence personnelle et sociale d'adulte. Être élevé dans un collège, un couvent, par/chez les jésuites. Synon. éduquer. Élever tes enfants dans la religion catholique (RENARD, Journal, 1902, p. 777). Il avait été élevé dans le culte de la liberté (ROLLAND, J. Chr., Buisson ard., 1911, p. 1286) :
3. — La comtesse mène une vie héroïque, lui dis-je [à Gobseck]. Elle s'est consacrée à l'éducation de ses enfants qu'elle a parfaitement élevés.
BALZAC, Gobseck, 1830, p. 436.
Rem. On rencontre ds la docum. élevable, adj. Susceptible d'être élevé. Cette femme, on espère bien l'élever, la faire à soi et pour soi, mais, il se trouve souvent qu'avec un heureux instinct et de la docilité, elle n'est point élevable. Ces éducations tardives qu'on essaie de donner aux fortes races du peuple, moins malléables et plus dures, ont rarement prise sur elles (MICHELET, Peuple, 1846, p. 286).
B.— [L'obj. désigne un animal; le subst. corresp. est élevage] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien des animaux domestiques. Élever du bétail, des oiseaux, des poules. Il [Lambert] entreprit d'élever des vers à soie (STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 168). Florentin faisait pousser des dahlias et élevait des pintades (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 225).
P. anal., vieilli. [L'obj. désigne une plante, un arbre] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien d'une plante ou d'un arbre. Élever un petit rosier du Bengale (STENDHAL, Amour, 1822, p. 206). Les aubergines, les navets, et du cresson de fontaine, qu'il avait voulu élever dans un baquet (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 31).
Rem. 1. Bien que sous élever2 se cache l'image de faire grandir, donc d'un mouvement dans le sens de la hauteur, cette image est trop peu directement perceptible pour que ses emplois se laissent grouper sous élever1. 2. Dans les 2 emplois A et B supra, le degré d'accomplissement peut être suggéré soit par l'âge inhérent au sens du mot objet (élever un enfant, un adolescent; élever des veaux, des vaches laitières) soit par un compl. circ. de temps. J'ai été élevée jusqu'à l'âge de sept ans chez ma grand'mère (DURAS, Édouard, 1825, p. 135).
Prononc. et Orth. : Cf. élever1. Étymol. et Hist. 1. 1re moitié XIIe s. « porter plus haut » [elevata est magnificentia tua super caelos] (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, VIII, 2); 2. id. esleverent li flum lur voiz [elevaverunt vocem suam] (ID., ibid., XCII, 4); 3. ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 6, I, I, 7 : le humble eslieve); 4. fin XIIIe s. « amener un enfant à son plein développement » (A. DE LA HALLE, Roi de Sicile, éd. E. de Coussemaker, p. 285, 95). Dér. de lever; préf. é-.
STAT. — Élever1 et 2. Fréq. abs. littér. :11 872. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 24 149, b) 15 797; XXe s. : a) 14 559, b) 12 664.

élever [elve; ɛlve] v. tr. [CONJUG. lever.]
ÉTYM. Fin XIe; de é-, et lever.
———
I
1 Mettre, placer, porter, transporter (qqch.) plus haut. || Élever des pierres au moyen d'une grue. || Appareils de levage pour élever les fardeaux. Hisser, lever, soulever. || Élever de l'eau au moyen d'une pompe. || Élever les bras au-dessus de sa tête. || Élever un étendard. Arborer. || Le prêtre élève le calice pour la consécration.
Faire monter à un niveau supérieur. || Il faut élever ce mur encore plus haut. Exhausser, hausser, rehausser, relever, surélever, surhausser. || La fonte des neiges a élevé le niveau de la rivière. Monter (faire).(Avec un compl. en de). || Élever la crémaillère d'un cran, la maison d'un étage, le mur d'un mètre.
REM. En parlant d'objets que l'on doit porter à une hauteur plus grande on peut dire élever ou lever plus haut : Élevez davantage cette lampe (Académie) ou Levez la lampe plus haut (Académie). Quand il s'agit d'objets à soulever, « Élever suppose plus d'efforts et une opération plus difficile (que lever), ou bien une hauteur plus considérable à laquelle l'objet arrive en parcourant progressivement différents degrés. On lève quelque chose de terre sans peine et avec la main » (Lafaye, p. 128).
1 On les suspendait (les corps)à de longues bascules qu'on élevait et qu'on baissait tour à tour.
Voltaire, Philosophie, II, 24.
2 Un machiniste, il y a quelques années, présenta à l'hôtel de ville de Paris le modèle en petit d'une pompe, par laquelle il assurait qu'il élèverait à cent trente pieds de hauteur cent mille muids d'eau par jour.
Voltaire, Dict. philosophique, Force mécanique.
3 (…) des vapeurs que le soleil élève au-dessus de la surface des mers.
Buffon, Théorie de la terre. Introd.
4 Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, I.
5 Hélène, pour dénouer les brides de son chapeau, éleva les bras comme deux anses d'amphore, par un mouvement plein de grâce dont le spectacle donna à René une minute délicieuse.
France, Jocaste, XI, Œ., t. II, p. 108.
Par anal. Faire monter l'âme de (qqn) au ciel.
6 Le coup à l'un et l'autre en sera précieux,
Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux.
Corneille, Polyeucte, V, 5.
Tenir haut (le sujet désigne une chose qui semble porter son sommet à une grande hauteur). Dresser.
7 (…) la mer, quelquefois claire et unie comme une glace, quelquefois follement irritée contre les rochers, où elle se brisait en gémissant, et élevant ses vagues comme des montagnes.
Fénelon, Télémaque, I.
8 (…) un rocher qui élevait vers le ciel deux pointes semblables à deux têtes (…)
Fénelon, Télémaque, XII.
9 (…) les cyprès élevaient leurs quenouilles noires et les oliviers moutonnaient sur les pentes.
France, le Lys rouge, V, VIII, p. 86.
2 Construire (qqch.) en hauteur. Bâtir, construire. || Élever un mur, une cloison, une maison, un bâtiment, un château, des fortifications. || Élever un monument, une statue, un autel, un temple. Dresser, édifier, ériger; érection. || Élever un mât pour arborer un drapeau. || Élever les colonnes d'un temple.
10 (…) nous vîmes élever cette belle façade du Louvre qui fait tant désirer l'achèvement de ce palais.
Voltaire, le Siècle de Louis XIV, XXXIII.
Fig. Littér. Créer, établir, fonder. || Élever sa fortune sur la ruine d'autrui. || Élever des systèmes.
11 J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice (…)
Racine, Britannicus, III, 7.
12 Sur ces débris du monde élevons l'Arabie.
Voltaire, Mahomet, II, 5.
13 Je ne serais pas étonné de m'entendre répondre : Fonder la société sur un devoir, c'est l'élever sur une fiction; la placer dans un intérêt, c'est l'établir dans une réalité.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. IV, p. 116.
Fig. || Élever des digues, un rempart contre… Opposer. — ☑ Loc. Élever autel contre autel.
Élever des obstacles, des difficultés. Soulever, susciter. || Élever des objections, des doutes, des soupçons. Objecter.
14 Il était impossible d'élever le moindre doute.
Pierre Benoît, l'Atlantide, p. 234, in T. L. F.
3 Géom. || Élever une perpendiculaire : tracer d'un point pris sur une ligne ou un plan une droite qui lui soit perpendiculaire.
———
II Fig.
A
1 (Compl. n. de personne). Porter plus haut; porter (qqn) à un haut rang, à un rang supérieur. Promouvoir. || Élever qqn aux premiers rangs, au trône, au pouvoir, aux honneurs (→ Capitaine, cit. 2), aux plus hautes dignités…
15 Enfin vous l'emportez, et la faveur du Roi
Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi (…)
Corneille, le Cid, I, 3.
16 Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'Empire (…)
Racine, Bérénice, II, 2.
17 Une fois de plus, il attendait la France qui, nous venons de le voir, se portait, d'un grand élan, vers lui pour l'élever au pouvoir suprême, — au plus haut des trônes.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Avènement de l'Empire, VII, p. 86.
18 Sa vie (de Lamartine) est belle, noble, contrastée; elle est celle d'un génie inspiré, tombé pour vivre dans la fabrication (…) élevé au faîte du pouvoir par le consentement unanime de la France qu'il représentait, et précipité un jour dans le discrédit et l'oubli.
Émile Henriot, les Romantiques, p. 101.
(Compl. n. de chose). Vx. Rendre éminent, supérieur. || Élever la gloire, la fortune de qqn.
19 Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse (…)
Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.
20 Ai-je donc élevé si haut votre fortune
Pour mettre une barrière entre mon fils et moi ?
Racine, Britannicus, I, 2.
Élever une chose au rang d'une autre, lui donner ou lui attribuer une importance égale. || Il a, par ses découvertes, élevé cette science au rang des sciences exactes (Académie). || Élever le mariage à la dignité de sacrement (→ Conjugal, cit. 3).
Par plais. || Élever qqch. à la hauteur d'une institution : pratiquer de manière systématique; illustrer.
2 Porter à un degré supérieur; rendre plus grand, plus considérable (une quantité, un prix, une valeur…). Accroître, augmenter, relever. || Élever le prix des denrées, le taux de l'intérêt, la valeur d'une monnaie, la température d'un liquide.
Élever le degré, le niveau du savoir, des connaissances (cit. 21).
Spécialt. Math. || Élever un nombre au carré, au cube, à une puissance quelconque, le multiplier par lui-même autant de fois que l'indique l'exposant.
B (Le compl. désigne l'âme, l'esprit, un être humain…). Rendre moralement ou intellectuellement supérieur. || Élever son âme, son cœur, son esprit, ses pensées vers Dieu, vers un noble idéal.
21 À de plus hauts objets élevez vos désirs (…)
Molière, les Femmes savantes, II, 1.
Inspirer des sentiments élevés; rendre plus noble. Ennoblir, fortifier, grandir. || Cette lecture élève l'esprit. || Sermon qui élève l'âme. Édifier; → Action, cit. 19. || Exemple qui élève le courage jusqu'à l'héroïsme. Exalter; → Courage, cit. 16. || Son geste l'éleva dans notre estime. Grandir.
22 Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève.
Pascal, Pensées, VI, 411.
23 Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger l'ouvrage; il est bon, et fait de main d'ouvrier.
La Bruyère, les Caractères, I, 31.
24 Il est des sortes d'adversités qui élèvent et renforcent l'âme, mais il en est qui l'abattent et la tuent : telle est celle dont je suis la proie.
Rousseau, Rêveries…, 6e promenade.
25 (…) une terreur secrète qui loin d'abaisser l'âme, donne du courage et élève le génie.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, p. 373.
26 (…) la piété a une valeur, ne fût-elle que psychologique. Elle nous moralise délicieusement et nous élève au-dessus des misérables soucis de l'utile; or là où finit l'utile commence le beau, Dieu, l'infini, et l'air pur qui vient de là est la vie.
Renan, Souvenirs d'enfance…, Appendice.
27 (…) cette pureté (…) élève, auréole, et grandit l'enfantine Marie.
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 444.
Rendre (qqn) supérieur aux autres. || La générosité élève l'homme au-dessus de lui-même (→ Cornélien, cit.).
28 Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux (…)
Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire.
Corneille, Cinna, V, 1.
29 Le rang de sa maîtresse semblait l'élever au-dessus de lui-même.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XVI.
Déclarer supérieur. Exalter, prôner, vanter.Par hyperb. || Élever qqn sur un piédestal.Élever qqn aux nues, jusqu'aux nues, lui donner des louanges excessives. Louer; déifier, porter (aux nues).
30 (…) le peuple élevant vos vertus jusqu'aux nues (…)
Racine, Bérénice, IV, 6.
31 (…) les combats d'Ulysse et sa sagesse furent élevés jusqu'aux cieux.
Fénelon, Télémaque, I.
Élever le niveau d'un débat, d'une discussion.
C Faire entendre, émettre plus fortement (la voix, des paroles). || Élever la voix : parler plus haut, plus fort. || Il n'ose plus élever la voix : il n'ose plus parler. || Élever la voix dans une discussion. || Élever le ton : prendre un ton de menace ou de supériorité.Élever la voix en faveur de qqn, prendre hautement sa défense. || Élever la voix contre qqn, l'accuser.Élever une protestation. Protester.
32 Plus haut que les acteurs élevant ses paroles.
Molière, les Fâcheux, I, 1.
33 Les contre-révolutionnaires plus modérés étaient eux-mêmes si terrifiés par le sort d'un Barbe-Marbois ou d'un Portalis, que, ni dans la Nation, ni dans les Conseils, ils n'osaient plus élever la voix.
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Ascension de Bonaparte, XIII, p. 181.
34 Il avait élevé le ton; sa voix vibrait de plaisir et de défi.
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 58.
35 Le scandale n'est pas qu'on dise de votre femme qu'elle a des amants. Le scandale est qu'on m'ait emprisonné, jugé, condamné, et qu'elle n'ait pas élevé la voix pour m'innocenter.
M. Aymé, la Tête des autres, I, XII.
Fig. || Élever un cri, une plainte, une prière… vers Dieu.
35.1 Qui de nous vers le ciel n'élève pas des cris
Pour les jours d'un époux, ou d'un père, ou d'un fils ?
Voltaire, l'Orphelin de la Chine, I, 1.
Spécialt. Mus. || Élever le ton d'un morceau : transposer un morceau afin qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui dans lequel il a été composé.
———
III
1 (XIIIe; rare av. XVIe). Amener (un être vivant) à son développement physique, intellectuel ou moral. Entretenir, nourrir, soigner; soin (prendre). || Obligation des parents d'élever leurs enfants (→ Contracter, cit. 2; dispenser, cit. 9). || Elle a élevé les enfants de sa sœur comme les siens propres. || Ils ont été élevés ensemble (→ Double, cit. 14). || Enfant facile à élever. || Élever un bébé au sein. Allaiter.Élever un enfant dans du coton, à la dure.
36 On m'élevait alors, solitaire et cachée.
Racine, Esther, I, 1.
(Le compl. désigne un animal). || Élever des chevaux, des lapins.
37 Il m'est, disait-elle, facile
D'élever des poulets autour de ma maison (…)
La Fontaine, Fables, VII, 10.
(Plantes). || J'ai eu de la peine à élever ces plantes, ces fleurs, ces arbres (Académie).
Faire l'éducation de (un être humain). Éduquer, former, instruire; et aussi conduire, cultiver, dresser (péj.), gouverner. || On a mal élevé cet enfant, il a été mal élevé (→ ci-dessous Mal élevé). || Élever une jeune fille au couvent. || Être élevé dans la religion chrétienne. || On l'a élevé dans de bons principes, dans le sentiment du devoir. Nourrir; → Consacrer, cit. 6.
38 — Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse.
— Il éleva la vôtre avec même tendresse (…)
Corneille, Cinna, V, 2.
39 Fille chaste et pudique, élevée dans la maison paternelle, dans une retenue incroyable.
Bossuet, Honneur du monde, 1.
40 Il est bien étrange que, depuis qu'on se mêle d'élever des enfants, on n'ait imaginé d'autre instrument pour les conduire que l'émulation, la jalousie, l'envie, la vanité, l'avidité, la vile crainte, toutes les passions les plus dangereuses, les plus promptes à fermenter, et les plus propres à corrompre l'âme, même avant que le corps soit formé.
Rousseau, Émile, II.
2 Amener (des vins) à leur état optimal. Élevage, éleveur (3.).
tableau Verbes exprimant une idée de mouvement.
——————
s'élever v. pron.
A Réfl.
1 Concret (spatial). Monter; aller plus haut. || Le mercure s'élève dans le thermomètre sous l'action de la chaleur. || Le niveau du fleuve s'est encore élevé. || L'aigle s'élève dans les airs. Voler. || L'avion s'élève de terre ( Décoller, cit. 2), prend de la hauteur. || S'élever à une grande altitude (→ Ascension, cit. 5). || Astre qui s'élève au-dessus de l'horizon ( Ascendance). || Fumée, nuage de poussière qui s'élève en tourbillon. || Le lierre s'élève jusqu'au premier étage. Grimper; aller, arriver (jusqu'à). || Le cyprès s'élève très haut.(Êtres animés). || S'élever d'un bond. (Personnes). → ci-dessous, cit. 41, 43.1. || S'élever dans l'air, les airs. || S'élever très haut en sautant, en dansant. Bondir (cit. 7), sauter.
41 Puis sur tes cornes m'élevant,
À l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai (…)
La Fontaine, Fables, III, 5.
42 Comme un liège emplumé qui bondit sur la raquette, il (mon esprit) s'élève, il retombe, il égaye mes yeux, repart en l'air, y fait la roue, et revient encore.
Beaumarchais, le Barbier de Séville, Lettre sur la critique.
43 Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles (…) les gerbes multicolores s'élevaient plus nombreuses dans le ciel (…)
Camus, la Peste, p. 331.
43.1 Et Narcense s'éleva dans l'ascenseur, s'interrogeant sur l'avenir qui s'annonçait.
R. Queneau, le Chiendent, p. 325.
Loc. Spécialt. Mar. S'élever à la lame : céder à l'action de la lame qui soulève le navire. — ☑ S'élever en latitude, en longitude : s'écarter de l'équateur, du premier méridien. — ☑ S'élever au vent, dans le vent : avancer dans la direction d'où souffle le vent.
43.2 Le Bonadventure se conduisait parfaitement. Il s'élevait facilement à la lame et faisait une route rapide. Pencroff avait gréé sa voile de flèche, et, ayant tout dessus, il marchait suivant une direction rectiligne, relevée à la boussole.
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. II, p. 486.
Se dresser. || Des falaises s'élèvent à pic au-dessus des flots (→ Arc, cit. 7). || Montagnes qui s'élèvent en pente douce, en gradins. || La ville s'élève en amphithéâtre. || Une maison s'élève sur la colline (→ Château, cit. 4). || Quelques sapins s'élèvent au milieu des pins. || Le clocher s'élève à une hauteur de vingt mètres. Atteindre.
44 (…) édifier une tour qui s'élève à l'infini (…)
Pascal, Pensées, II, 72.
45 Et les Alpes de loin, s'élevant dans la nue
D'un long amphithéâtre enferment les coteaux.
Voltaire, Épîtres, CCII, « À Horace. »
46 Sur le côté oriental de la montagne qui s'élève derrière le Port-Louis de l'île de France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes.
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, p. 13.
47 (…) il me conduisit sur le bord de la Seine, jusqu'à l'île aux Cygnes, qui s'élevait au milieu du fleuve comme un navire de feuillage.
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, Œ., t. VIII, p. 106.
2 Par anal. (sons). a Devenir plus fort. || Sa voix s'éleva avec force. || Le ton de la discussion s'élève. Monter.
b Devenir plus aigu. || La voix s'élève du grave à l'aigu.
3 Fig. Naître, surgir, survenir. || Le vent s'élève, commence à souffler avec force. Lever (se); → Démonter, cit. 12. || Une brise fraîche s'éleva. || Un orage s'est élevé tout à coup. Commencer à se manifester. || Bruits, cris, clameurs (cit. 2), murmures, protestations, qui s'élèvent dans une assemblée (→ Bramement, cit. 2). || Une voix s'éleva (→ Autoritaire, cit. 3). || Des discussions s'élèvent sans cesse sur… (→ Académie, cit. 4). || Des doutes, des soupçons s'élevèrent dans son esprit (→ Droiture, cit. 3).Impers. || Il s'éleva une dispute dans l'assemblée (→ Délibératif, cit.).
48 Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus (…)
Corneille, Héraclius, V, 6.
49 Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue (…)
Racine, Phèdre, I, 3.
50 Quelle effroyable voix dans mon âme s'élève !
Voltaire, Mahomet, IV, 4.
51 Un tumulte s'éleva sous la porte. On introduisait une file de mules blanches, montées par des personnages en costume de prêtres.
Flaubert, Trois contes, « Hérodias », II.
4 (Sujet n. de personne). || S'élever contre (qqn), intervenir, prendre fortement parti contre lui, porter témoignage contre. Accuser; → Crier haro sur… || S'élever contre qqch. || Je m'élève contre cette interprétation abusive. Protester; inscrire (s'inscrire en faux). || S'élever contre les abus. Combattre.
52 Il est temps de s'élever contre de tels désordres.
Pascal, les Provinciales, I.
53 Voilà des nouveautés contre lesquelles on ne peut assez s'élever.
Bossuet, 3e Écrit.
54 (…) la raison classique, contre laquelle s'élèvent aujourd'hui les surréalistes (…) au nom de tout ce qui dans l'homme échappe à la raison.
Émile Henriot, les Romantiques, p. 469.
5 Fig. (sujet n. de personne). Se hausser, être porté à un rang élevé, supérieur. || S'élever au-dessus de sa condition sociale, de sa classe (→ Contenter, cit. 13). || S'élever aux honneurs, à la gloire (→ Corbeau, cit. 6). || S'élever aux premières charges de l'État. || S'élever au rang des grandes puissances. Arriver, atteindre, parvenir (à).Absolt. || S'élever par son travail, par ses propres moyens, aux dépens de qqn.
55 (…) les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition (…)
Molière, George Dandin, I, 1.
56 Il est assez naturel aux hommes de vouloir s'élever aux lieux éminents pour étaler de loin, avec pompe, l'éclat d'une superbe grandeur.
Bossuet, Panégyrique de saint François de Sales.
57 Il n'y a au monde que deux manières de s'élever, ou par sa propre industrie, ou par l'imbécillité des autres.
La Bruyère, les Caractères, Pl., VI, 52.
58 Il (Fouché) s'éleva, sous le Directoire, à la hauteur d'où les hommes profonds savent voir l'avenir en jugeant le passé (…)
Balzac, Une ténébreuse affaire, Pl., t. VII, p. 498.
(Dans l'ordre intellectuel). || S'élever à la connaissance de Dieu. || L'esprit humain ne peut s'élever jusque-là, il ne peut comprendre cela (→ Bourgeois, cit. 12).
59 C'était une âme naïve, qui jamais ne s'était élevée même jusqu'à juger son mari, et à s'avouer qu'il l'ennuyait.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, III, p. 14.
60 Louis XI est une nature moyenne, qui n'est ni au-dessus ni au-dessous du niveau moyen auquel s'élèvent les intelligences et les consciences à son époque.
Fustel de Coulanges, Leçons à l'Impératrice…, p. 218.
61 (Michelet) s'élève aux grandes vues générales, aux prosopopées, aux rêveries, tâche de se tirer de la poussière des notes et des petits faits par de belles envolées lyriques.
Émile Henriot, les Romantiques, p. 404.
(Dans l'ordre moral). Devenir plus grand, plus noble. || L'esprit s'élève par la contemplation de la nature. Ennoblir (s'). || L'intelligence et le cœur s'élèvent ensemble (→ Agrandir, cit. 9). || S'élever au sublime. || S'élever dans la douleur (cit. 20). || Âmes qui s'élèvent dans la prière, dans la communion (→ Cime, cit. 4).
62 Pour t'élever de terre, homme, il te faut deux ailes,
La pureté du cœur et la simplicité.
Corneille, Imitation de J.-C., II, 4.
S'élever au-dessus de… : se hausser au-dessus de, se rendre inaccessible à… || S'élever au-dessus des intérêts humains, des passions, des préjugés…
63 C'est là (dans les hôpitaux) que, s'élevant au-dessus des craintes et des délicatesses de la nature, pour satisfaire à sa charité au péril de sa santé même (…)
Fléchier, Oraison funèbre de Marie-Thérèse.
64 Je vois, monsieur, que vous vous élevez au-dessus des préjugés.
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, Œ., t. VIII, p. 156.
Spécialt. Vieilli. Se mettre au-dessus des autres par orgueil. Enorgueillir (s'); → Applaudir, cit. 17. || « Quiconque s'élève sera abaissé » (cit. 15). || S'abaisser (cit. 18) pour mieux s'élever.
65 Du même fond d'orgueil dont on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi.
La Bruyère, les Caractères, VI, 57.
6 (Sujet n. de chose). Parvenir à un degré supérieur. Augmenter. || Les prix s'élèvent chaque jour (→ Chute, cit. 15). || La température s'élève à mesure que l'on s'approche des tropiques.
S'élever à… : atteindre une certaine quantité (avec un compl. de mesure). Chiffrer (se), monter (se). || La foule s'élevait à dix mille personnes. || La succession s'élève à plusieurs millions. || Votre compte s'élève à peu de chose.
66 Les rentrées ne s'y élevaient guère qu'à soixante-cinq mille francs dont une cinquantaine de mille fournis par M. de Montech, et le reste par les revenus de la dot.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, XI, p. 145.
B Passif.
1 Être bâti, construit, fondé. || Les maisons, en éléments préfabriqués s'élèvent rapidement.
67 Divers quartiers de Paris, tels que ceux de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-l'Auxerrois, se sont élevés en partie aux frais des abbayes du même nom.
Chateaubriand, in P. Larousse.
2 Être nourri, instruit, éduqué. || Cet enfant s'élève facilement.
Animaux, plantes qui s'élèvent difficilement.Ce vin s'élèvera bien.
——————
élevé, ée p. p. adj.
1 Qui est situé à une certaine hauteur, sur une hauteur. Altier (vx), haut; grand, imposant. || Terrain élevé qui borne la vue. Élévation (→ Dérober, cit. 7). || Plafond peu élevé. || Pic très élevé. || Hauteur peu élevée (→ Atteindre, cit. 11). || Construction en un lieu élevé. Belvédère. || De ce point élevé on domine toute la vallée.Fig. || Arriver au point le plus élevé, au degré le plus élevé de sa carrière. Apogée, cime, comble, faîte, sommet.Taille élevée. Haut. || Il est d'une taille élevée : il est grand.
2 Qui atteint une grande importance. || Le prix des denrées est très élevé. Considérable, excessif. || Tarif peu élevé. || Prêter de l'argent à un taux élevé.Température élevée.D'un ton très élevé. Aigu, pointu. || Chanter dans les notes élevées (→ Accent, cit. 1).Pouls très élevé. Rapide. || Vitesse de rotation élevée.
3 Qui a atteint un haut niveau (dans un ensemble hiérarchisé). Éminent, supérieur. || Les dignités les plus élevées. || Rang social très élevé. || L'officier le plus ancien dans le grade le plus élevé.
4 (Personnes; facilités humaines). Noble, supérieur moralement ou intellectuellement. || Esprit élevé. || Caractère élevé.Âme très élevée. Sublime. || Avoir des pensées, des vues élevées. || Un sentiment très élevé du devoir.
68 (…) ayez un cœur plus grand, plus élevé.
Voltaire, Triumvirat, IV, 4.
69 (…) les âmes élevées doivent être presque toujours malheureuses, et d'autant plus malheureuses qu'elles méprisent l'obstacle qui s'oppose à leur félicité.
Stendhal, Souvenirs d'égotisme, p. 167.
Style élevé : style noble et soutenu. || Conversation élevée (→ Banalité, cit. 6). || Avoir un langage élevé, dépouillé de toute expression triviale ou familière.
70 Y a-t-il un style plus délicat, plus élégant, plus nombreux, plus élevé que celui de Platon ?
Rollin, Traité des Études, III, 3, in Littré.
71 Si l'on s'est élevé aux idées les plus générales, et si l'objet en lui-même est grand, le ton paraîtra s'élever à la même hauteur; et si en la soutenant à cette élévation, le génie fournit assez pour donner à chaque objet une forte lumière (…) le ton sera non seulement élevé, mais sublime.
Buffon, Disc. sur le style, Œ., t. XII, p. 329.
Nom masculin :
71.1 La lettre était rédigée de telle façon, que si l'officier eût compris tant soit peu le beau et l'élevé, il serait certainement venu chez moi pour me sauter au cou et m'offrir son amitié.
Gide, Dostoïevsky, p. 110.
Par ext. Inaccessible. || Ce raisonnement est trop élevé pour moi.
72 Les choses abstraites ou trop élevées pour moi ne m'ennuient pas à entendre; j'y trouve un enchantement presque musical.
Valéry, M. Teste, p. 37.
5 (Personnes).Bien élevé, mal élevé, qui a reçu une bonne, une mauvaise éducation, est poli, impoli. || Un enfant bien élevé, mal élevé. || Elle n'a pas été bien élevée (→ Cire, cit. 3). || Les gens les mieux élevés s'y bousculaient (→ Bousculer, cit. 4).
73 (…) très bien élevées, trop bien élevées, si bien élevées qu'elles passent inaperçues comme deux jolies poupées.
Maupassant, Contes, « Mlle Perle », p. 174.
74 Le caractère violent et parfois injurieux de Napoléon froisse toutes les fibres de son être, et il (Talleyrand) exprimera, après une scène atroce (…) son opinion de toujours : « Il est dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé ».
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire d'Occident, III, p. 40.
75 Pourquoi aussi ces intonations toujours traînantes, ou gouailleuses, comme s'il y avait plaisir à parler mal, à se faire prendre pour encore moins instruit et moins bien élevé qu'on n'est ?
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, XIX, p. 212.
N. Fam. || C'est un mal élevé. || Il s'est conduit comme un mal élevé.
Fam. || C'est très mal élevé de dire, de faire cela : c'est très impoli. Incorrect.
Loc. fam. Être élevé comme un rez-de-chaussée, très mal élevé.
CONTR. Abaisser, abattre, affaisser, baisser, coucher, déprimer, descendre, détruire, ravaler, renverser, surbaisser. — Abêtir, pervertir.
DÉR. Élevage, élève, éleveur, élevure.
COMP. Surélever.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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